Quand la passion mène au dépassement
de soi Par Jocelyne Lortie
On dit des sagittaires que ce sont des gens spontanés, enthousiastes et énergiques, quils ont le feu sacré, que ce sont des explorateurs-nés aimant laction et laventure, et à qui les obstacles ne font pas peur. Eh bien, nous ne pouvons mieux décrire Lucie Corbeil, cavalière de saut dobstacles, entraîneur certifiée niveau III et, depuis 1997, la première athlète féminine québécoise devenue membre de lÉquipe équestre canadienne. Il arrive souvent au sein dune famille quune partie du bagage culturel légué par lun des parents se métamorphose en une réelle passion pour un enfant. Cest tout à fait ce qui sest produit dans le cas de Lucie Corbeil qui a puisé lessence de sa vie un amour inconditionnel des animaux auprès de sa mère, une américaine qui a passé toute sa jeunesse sur une ferme du Vermont. « Quand jétais petite, javais un cheval imaginaire qui mhabitait à plein temps !» Jusquau jour où elle put, montée sur Karioka, vivre lexpérience de sa première randonnée. Elle avait douze ans. « Cétait une jument un peu chaude, et elle nétait pas beaucoup utilisée par les cavaliers. Mais moi, je laimais bien Déjà à cet âge et sans le savoir, je commençais lentraînement de mon premier cheval. » Puis, ce fut sa première leçon déquitation classique sur Vin Rouge qui profita dun moment de détente pour partir au galop en direction de lécurie. « Cest à ce moment que jai passé mon premier obstacle la clôture du manège de quatre pieds ! Ça sest passé en un éclair et je nai pas eu le temps davoir peur. Bien au contraire, jai adoré ce sentiment de quitter le sol et de menvoler pour un instant presque trop bref. Vin Rouge est resté longtemps mon cheval préféré et nous avons répété souvent lexpérience ! » Peur de rien je vous lai bien dit Dans la région de Noranda, il y a trente ans, ils nétaient quune poignée de « farfelus » à pratiquer léquitation classique, grâce à des gens comme Guy Carle et Jean-Charles Coutu qui ont beaucoup travaillé pour en populariser le style. Or, on le sait, Lucie a en elle le goût de la découverte et même le rude climat de lAbitibi ne peut larrêter. Il ny a personne pour la véhiculer à lécurie ? Elle ira avec ses skis de fond. Elle veut plus de cours déquitation ? Elle louera son beau vélo dix vitesses tout neuf pour cinquante cents lheure afin damasser les quelques dollars qui manquent. De lenthousiasme à revendre ! Puis en 1974, une cinquième place obtenue sur la selle de Gitane aux Jeux du Québec de Rouyn-Noranda devient lélément déclencheur de la plus importante décision de sa vie. Ce sera sa première et dernière compétition comme junior car, une fois ce défi relevé, un choix de carrière en tant que professionnelle commence à prendre forme dans sa tête. Entre La Pocatière et lAngleterre, elle opte pour les espaces verdoyants de la campagne anglaise. « Je me suis dit que le saut dobstacles est une tradition en Angleterre et quil serait intéressant de rencontrer des cavaliers du monde entier. » Cest donc à lâge de seize ans et demi que Lucie décide de partir pour lAngleterre, dans le Yorkshire. Elle montera les chevaux de la réputée écurie de Christopher et Jane Bartle pour obtenir une certification dinstructeur de la British Horse Society. Laventure, bien entendu Oui, laventure. Mais avant tout une énorme soif dêtre plongée dans un milieu structuré pour apprendre et être en mesure de transmettre éventuellement ses connaissances. Au centre équestre des Bartle, elle côtoie des grands comme Nick Skelton et les frères Whitaker, et pendant deux ans, elle travaillera sans relâche, avant de rentrer au Québec à lâge de 18 ans. Son brevet dinstructeur BHS en poche, la jeune fille décide de quitter lAbitibi et de tenter sa chance dans la grande région montréalaise. Mais rien nest facile et, comme elle sy attend, la route est longue. Elle travaille fort pour se démarquer et, en 1982, elle devient le premier entraîneur au Québec à être certifié niveau II. À laube des années 90, les élèves de Lucie ont de plus en plus de succès en concours, si bien que son talent dentraîneur en chasse et saut dobstacles, son style et sa précision comme cavalière sont remarqués par les Kingsley, propriétaires de la Ferme Classique de Saint-Basile-le-Grand. Elle y sera basée pendant sept ans et cest là quelle aura la chance dentraîner et de monter sa jument Diorella, jusquau niveau Grand Prix. « Diorella était une sorte de Big Ben : puissante avec une immense foulée. Le style de Ian Millar étant un modèle pour moi, je mentraînais avec lui depuis déjà quelques années. Alors, jai fait le circuit de la Floride en 1992 et 1993 afin de bénéficier de ses conseils en concours international. Puis, Diorella et moi avons connu une série de victoires, dont celles remportées au Grand Prix de Québec et au Royal Winter Fair. Cette jument et moi allions ensemble comme une main dans un gant bien ajusté. » Toujours plus haut Ce sera une période fertile pour notre sagittaire
avide de conquêtes. Une étape cruciale qui démontre
tant létendue de son talent naturel, que son
acharnement au travail. Le duo Lucie-Diorella cumule
victoires sur victoires mais un jour, le malheur frappe :
la jument se blesse et devra demeurer en convalescence
pendant deux longues années. Le rêve du veston rouge de
lÉquipe équestre canadienne est désormais mis en
veilleuse. Jusquà ce jour magique de 1997 où
Lucie achète la jument et réussit avec des soins réguliers
à la remettre sur pieds. Le couple revient en force et
domine en concours, si bien quil est sélectionné
pour lÉquipe équestre canadienne et Lucie obtient
enfin son veston rouge. Installée à St-Eustache, Lucie Corbeil se spécialise aussi dans lentraînement de chevaux jusquau niveau international. « Patience, douceur et fermeté sont les clés du succès avec eux », dira-t-elle. Elle adore enseigner, et ses cavaliers de tous les niveaux lui vouent un attachement presque indéfectible en raison de ses méthodes basées sur lencouragement et le développement de lefficacité à cheval. « À mon avis, monter à cheval, cest de la stratégie. Je suis satisfaite de mon travail quand je réussis à former un cavalier qui peut réfléchir, analyser et canaliser son stress. Il aura une plate-forme solide pour demeurer motivé, avancer malgré les déceptions, et aller au bout de ses rêves. Selon moi, le succès à nimporte quel niveau est fait de détails et surtout dengagement. » Mais la vraie marque de commerce de Lucie Corbeil demeure le dépassement de soi. Chez elle, le feu sacré du sagittaire brûle en ce moment plus que jamais. Gageons que bientôt, parmi ses chevaux, se trouvera la monture de niveau grand prix qui lui permettra de revêtir son veston rouge ! Jocelyne Lortie, de la firme Pas de deux Communications, est spécialisée en traduction et journalisme équestre. |
|